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Le 5 mai est à vous, venez avec vos exigences

Le chômage a battu un nouveau record, selon les chiffres officiels. La France n’est-elle pas en train de se rapprocher du scénario infernal vécu en Europe du Sud, où l’on ne voit plus le bout du chômage et de l’austérité ?

Pierre Laurent. Oui, la situation est dramatique. Le rythme alarmant d'augmentation du chômage signe l'échec des politiques d’austérité et de baisse du coût du travail menées en France et en Europe. Ces politiques ne sont pas seulement socialement insupportables, elles sont un engrenage dans lequel l’austérité appelle toujours plus d’austérité et la pression contre les salaires appelle toujours plus de dumping social. Si la France et l'Europe continuent dans cette voie, elles s’enfonceront dans la régression. Près de 25 millions de Français ont perdu du pouvoir d’achat ces dernières années. L'urgence est de changer de cap, et des voix de plus en plus nombreuses le disent, de la Confédération européenne des syndicats à quantité d’économistes. Quand va-t-on enfin les entendre?

 

Des voix s'élèvent au PS pour réclamer une confrontation plus énergique avec le gouvernement Merkel et desserrer la contrainte de l'austérité en Europe, mais le gouvernement s'y refuse au motif que la France aurait tout à perdre dans une épreuve de force avec l'Allemagne...

Pierre Laurent. C'est un débat majeur et il faut l'ouvrir en grand. Je constate que tout est fait au contraire pour l'étouffer en caricaturant tout opposant à l'austérité en anti-allemand. Moi, je récuse l'idée selon laquelle la France ne peut rien, qu'elle est contrainte par le rapport de forces en Europe. C’est parce qu’elle ne prend pas les initiatives politiques nécessaires que le rapport de forces en faveur du capital allemand et de la troïka BCE-UE-FMI continue de dominer en Europe. Nous avons déjà raté des occasions. Il aurait fallu s'appuyer sur le vote des Français en faveur du changement politique pour renégocier le traité budgétaire comme François Hollande l’avait promis, tout comme il fallait refuser le budget européen d’austérité. Nous avons sans cesse des occasions d’engager la bataille, il faut que la France arrête de faire des mots et qu’elle passe aux actes. Avec le niveau de chômage actuel, il faudrait aller au prochain sommet européen en demandant la suspension des plans d'austérité et en refusant le mandat proposé par la Commission européenne pour l'ouverture du grand marché transatlantique demandé par les Etats-Unis. On verrait tout de suite des forces se lever à nos côtés. Nous ne sommes pas isolés, car toute l'Europe souffre.

 

Le gouvernement est passé en force en demandant un vote bloqué sur l’ANI au Sénat ; deux propositions de loi communistes pour l’amnistie sociale et contre les licenciements boursiers ont été rejetées coup sur coup à la demande du gouvernement en commission de l’Assemblée nationale. Comment rassembler la gauche sur une politique de rupture dans ces conditions ?

Pierre Laurent. Au sein même du PS, des voix de plus en plus nombreuses doutent de la politique engagée. François Hollande et le gouvernement Ayrault, eux, s’entêtent et donnent même des signes de coup de force de plus en plus mal ressentis, comme le vote bloqué sur l’ANI et leur volte-face scandaleuse sur l’amnistie sociale. Dans ces conditions, nous proposons de remettre en mouvement tous ceux qui ont voulu le changement au printemps dernier et n'acceptent pas d'y renoncer. C'est le signe de cette remise en marche, de cette re-mobilisation que va donner la marche citoyenne que nous organisons le 5 mai à l'initiative du Front de gauche. Elle tombe à point nommé et ensuite il faudra aller plus loin encore.

 

Le refus de l’amnistie sociale n’est-il pas une façon de sanctionner ceux qui, dans le champ social, refusent de plier face à l’ANI et aux politiques d'austérité-compétitivité ?

Pierre Laurent. En tout cas, cela sera ressenti comme tel par tous les syndicalistes qui essaient de se faire entendre et affrontent tous les jours un patronat qui réprime l’action syndicale, refuse la négociation et fait du chantage sur les salariés. Notre proposition d’amnistie sociale concerne des salariés qui ont simplement voulu faire valoir leurs droits. Cela n’a rien à voir avec des gens qui prônent la violence, et toute comparaison avec les groupuscules d'extrême-droite déshonore ceux qui utilisent cet argument. Nous parlons là de syndicalistes révoltés par les mensonges à répétition du patronat ou du gouvernement Sarkozy qui les piétinaient en permanence. Annuler l'amnistie, ce geste de la gauche sénatoriale rassemblée, serait invraisemblable. J’invite à pétitionner dans tout le pays pour soutenir notre proposition d’amnistie sociale et à interpeller les députés socialistes pour que, le 16 mai prochain, ils votent cette loi malgré les consignes gouvernementales.

 

Le président PS de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, souhaite que se nouent d'autres relations à gauche pour construire un « nouveau temps du quinquennat ». Partagez-vous cette approche ?

Pierre Laurent. En ce qui nous concerne, nous n’avons cessé de multiplier les appels à la discussion entre les forces de gauche pour construire un nouveau cap social. Le désaveu massif de la politique gouvernementale accélère la question de la construction d'une alternative à cette politique d'austérité. De plus en plus de Français ne reconnaissent pas la politique de gauche qu’ils attendaient. Si nous voulons ce nouvel élan majoritaire, il faut un nouveau contrat politique de changement, autour d’un plan de lutte contre la finance, d’un projet de relance industrielle, sociale, et écologique, d’un nouveau projet européen, et d’une refondation démocratique de la République. Cela doit devenir un grand débat national, populaire et citoyen. Nous voulons mener ce débat avec toutes les forces disponibles, y compris parmi celles qui se trouvent dans la majorité gouvernementale actuelle.

 

Le Front de gauche a pourtant du mal à faire entendre ses propositions dans le pays, si l’on en croit les sondages. Le PS perd des points, mais ce sont la droite et l’extrême droite qui progressent sur l’échec de la politique de Hollande…

Pierre Laurent. Le risque que la droite et l’extrême droite soient les grands bénéficiaires du renoncement gouvernemental existe, c'est évident, et d’autant plus qu'elles se sentent encouragées par le vote de la loi sur l’ANI qui a quasiment été écrite par le Medef. Mais la grande majorité des Français qui ont voté pour le changement n’ont pas renoncé à leur aspiration. Je vois bien qu'un grand nombre sont déboussolés par la politique gouvernementale. Ils cherchent comment agir. Le Front de gauche a une grande responsabilité. Il est à un nouveau carrefour de sa jeune histoire : il sera à la hauteur s'il propose une grande ambition de rassemblement pour une politique de redressement national et de sortie de crise par la gauche. C'est ce que je propose : ouvrir un nouvel espoir. A ceux qui viennent à la marche du 5 mai, je dis : n’y venez pas seulement pour exprimer votre mécontentement, venez avec vos exigences, ce que vous demandez à la gauche. La marche du 5 mai n’est pas une manifestation de soutien à tel ou tel leader du Front de gauche, elle est à vous, il faut l'investir pour revendiquer une nouvelle politique de gauche, et ne pas se contenter de dire qu’il faut tout balayer. Je crois que cela rendra plus forte notre dynamique.

 

Un débat existe au Front de gauche sur les mots d’ordre qui doivent être au cœur de la marche du 5 mai, après la controverse sur l'emploi par Jean-Luc Mélenchon de l’expression « coup de balai ». S’oriente-t-on vers un mot d’ordre clair et uni pour cette mobilisation ?

Pierre Laurent. Ce débat a été tranché en 24 heures par l’ensemble des organisations du Front de gauche, qui ont adopté le mot d’ordre unitaire de cette marche, un mot d'ordre simple, clair et mobilisateur: contre l’austérité et la finance, marche citoyenne pour la VIe République. C’est autour de ce cap de rassemblement que nous allons marcher le 5 mai. Mais il faut comprendre une fois pour toutes que le Front de gauche est composé de partis très différents, qui ne sont pas toujours d'accord sur tout et qui ont besoin du débat pour avancer. Notre ambition est d'ailleurs d’adjoindre au Front de gauche encore d'autres forces qui, elles aussi, apporteront leurs différences. Ce qui doit être le moteur de nos avancées, c'est la volonté de converger pour exiger un changement de cap. Mon ambition, comme secrétaire national du PCF, est d’être le garant de ce cap permanent vers le rassemblement.

 

Malgré les manifestations et les actions revendicatives, on a pourtant le sentiment que rien ne bouge...

Pierre Laurent. Je crois au contraire que ça commence à bouger très en profondeur dans le pays. Le 5 mai sera la première marche de ce processus de rassemblement et de mobilisation populaire nécessaire. Il faudra aller plus loin. C’est pour cela que le PCF a proposé d’ouvrir dès maintenant une perspective, un prolongement à cette manifestation, en tenant, le 16 juin prochain, un grand rendez-vous baptisé « assises de la refondation sociale et démocratique ». Soyons clairs : nous ne proposons pas une initiative « PCF ». Nous proposons à tous ceux qui le souhaitent d'organiser ensemble ou de participer à un grand rendez-vous national d'élaboration des axes d'une politique de changement véritable. La direction d’Europe Ecologie-Les Verts et des personnalités socialistes de Gauche Avenir nous ont dit leur disponibilité, car tous ressentent l’urgence de créer ces espaces pour permettre la co-élaboration de solutions à la crise politique et sociale actuelle. Si nous sommes capables de tracer un chemin pour recréer l’espoir dans la durée, cette dynamique peut prendre un essor qui paraît aujourd’hui difficilement atteignable.

 

Pensez-vous encore possible le changement de cap auquel le Front de gauche appelle depuis la fin de l’été, avec la même équipe gouvernementale et la même majorité ?

Pierre Laurent. Le changement de cap est urgent et il deviendra inévitable. Pour le rendre possible, il faut s'attaquer sans attendre à construire les bases d’un nouveau contrat politique. Si cette dynamique se met en marche, elle fera émerger les contours d’une nouvelle majorité et de nouvelles équipes pour les mettre en œuvre. Mais il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Il faut d’abord lever ce grand mouvement populaire pour un nouveau contrat politique. Ce n'est pas un remaniement ministériel qui va ouvrir la solution, la priorité du moment est à construire ce rassemblement qui rendra incontournable le changement de cap. Les rapports de forces politiques dans le pays et à l’intérieur même des partis gouvernementaux ne sont pas figés, et si nous sommes capables de lever cette mobilisation, tout peut bouger dans les mois qui viennent.

 

La manifestation du 5 mai a été lancée à la suite de l’affaire Cahuzac, mais ses mots d'ordre sont d'une autre ampleur, autour de la lutte contre la finance, de l'alternative à l'austérité, d'un changement de République. Ne prenez-vous pas le risque d’une manifestation fourre-tout ?

Pierre Laurent. Nous avons lancé cette manifestation au moment de l’affaire Cahuzac parce celle-ci a mis en lumière deux problèmes majeurs : le premier, l’emprise insupportable des logiques de la finance sur le système économique, politique, institutionnel, jusqu’à la corruption de certains de ses acteurs. Or le gouvernement a aussitôt refermé le chapitre de l’évasion fiscale, de la lutte contre la finance, alors qu’il aurait fallu l’ouvrir en grand. L’autre problème, c’est le dessaisissement démocratique du pays. Les Français ont voté pour la rupture avec la politique de Nicolas Sarkozy, et non pour sa poursuite. Pour garantir un nouveau cap social, il faut que les citoyens aient la parole et le pouvoir. Tout cela est plus que jamais d'actualité La question de la démocratie et celle de l’orientation sociale sont liées.

 

Où en êtes vous du débat au Front de gauche sur le choix des listes à présenter aux élections municipales ?

Pierre Laurent. Les municipales seront des élections majeures en 2014. Dans leurs communes, les citoyens ont le moyen de peser sur les politiques publiques locales, et l’existence de majorités de gauche dans lesquelles les élus communistes jouent un rôle important est un atout pour le mouvement populaire. Dans le bras de fer engagé contre les politiques d'austérité, il faut à tout prix renforcer ces atouts et non les laisser s’affaiblir. La question n’est donc pas de laisser les partis faire leur cuisine dans leur coin, mais de savoir si les citoyens prendront la mesure de l’enjeu qui est le suivant : mènera-t-on des politiques d’austérité dans les communes, ou continuera-ton à se battre pour des politiques locales ambitieuses, en se dotant des élus pour mener ces batailles ? La droite et l’extrême droite partent avec des ambitions de conquête à ces élections pour réduire le pouvoir des citoyens et engager des politiques de régression sociale et démocratique, y compris au niveau local. Nous, les communistes et le Front de gauche, devons organiser le rassemblement d’un maximum de forces, et c’est possible au niveau communal, pour faire peser dans les futures majorités de gauche des orientations de promotion des services publics et de la démocratie locale. Il faut organiser d'urgence autour de ces questions un grand débat populaire, et ne pas réduire le débat municipal à la seule question du contour des listes qui seront construites en temps voulu, à l’automne prochain.

 

Le 1er Mai se déroule sur fond de divisions syndicales autour de l’ANI. Le report du vote définitif de la loi au Parlement peut-elle aider à les dépasser ?

Pierre Laurent. Plus le 1er Mai sera unitaire et plus il sera efficace. Les travailleurs ont besoin d’unité pour faire prévaloir des positions de lutte face à un patronat extrêmement agressif. Le gouvernement a tout fait pour avancer à marche forcée sur l'ANI parce qu’il savait que le temps donné au débat permettrait de mettre à jour les dangers de cet accord, il faut donc utiliser le report du vote obtenu grâce au combat des sénateurs communistes pour continuer ce travail et inviter le maximum de parlementaires à refuser ce projet le 14 mai prochain.

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